Joëlle Champagne {Site officiel}
C’est la société dans laquelle nous vivons qui me pousse à me questionner sur les non-sens qu’elle permet. Depuis la nuit des temps, l’humain vivait en accord avec la nature, terre nourricière qui lui permettait de survivre, et voilà qu’aujourd’hui il la détruit pour son profit, pour de l’argent, pour des chiffres qui sont à la fois tout pour lui et rien de vraiment concret.
Vous l’aurez deviné, ma vision de la vie, de l’homme et de la société n’a rien de positif. Cependant, j’espère que l’homme est encore assez sage pour se rendre compte que c’est son passé (à lui ou à ses ancêtres) qui a déterminé l’être qu’il est aujourd’hui, et qu’à ce même titre, il peut à son tour être le déterminant de demain. Ainsi, j’espère qu’il peut encore se rendre compte qu’il détient toujours le pouvoir de tout changer pour un avenir meilleur.
Je jette souvent un regard vers les époques passées en me disant que même si ses époques n’étaient pas parfaites, l’humain ne s’était pas encore trop approcher trop près du tourbillon vicieux de l’autodestruction. Je crois qu’il y a dans le passé beaucoup à apprendre pour l’avenir.
Dans mon art, je montre ma perception des côtés positifs du passé de l’homme. Par l’utilisation du fil et de la laine, je rappelle la création manuelle d’antan essentielle à la survie, ainsi que la participation de l’animal permettant d’avoir ces ressources de base précieuses et plus que nécessaires. Le fil symbolise également la continuité, il est pour moi une manière d’amener ce qui peut rester de ce passé au cœur même de notre époque contemporaine. Le travail manuel qui en ressort (broderie, tricot, ouvrage crocheté, etc.) fait référence aux notions d’artisanat qui passent souvent dans l’oubli. L’artisanat, à la différence de l’art, est davantage fait pour créer de jolis objets dans le but d’embellir le quotidien de tous et chacun. Il n’est fait que de beau, il n’est pas porteur de messages, ou d’intentions comme se veut l’art. Or, je souhaite que l’artisanat fasse partie intégrante de mon art, afin de l’embellir, car je crois qu’en étant jolies, mes œuvres peuvent davantage rejoindre le public, le toucher et lui rappeler son passé, ses racines, ses souvenirs, bref, ce qui le détermine dans sa nature d’être humain.
Les médiums et techniques entrant en relation avec mon fil ou ma laine peuvent toutefois varier (peinture, gravure, sérigraphie, dessin, embossage) en fonction des pistes de réflexion que j’essaie de créer chez le spectateur. La symbolique que j’utilise est plutôt éloquente : des racines, des arbres, des plantes, des parties du corps humain comme les mains, les pieds et le cœur. Ils sont placés les uns par rapport aux autres pour faire le lien entre la plante/arbre qui grandit à l’aide de son passé (ses racines) tout comme l’humain qui se construit à l’aide des déterminants du passé et du présent. La main symbolise le travail humain et manuel sans référer à une identité propre, le pied questionne sur la direction à prendre, et le cœur représente le siège vital ou émotionnel du fondement même de l’être humain.
En résumé, j’ose espérer faire réfléchir le spectateur sur son propre passé et sur les déterminants qui l’ont construit au fil du temps, afin qu’il puisse penser et choisir les valeurs qu’il souhaite voir de par le futur, le tout par un traitement de l’image qui se veut simple, poétique, intimiste, peut-être mélancolique également, mais teinté d’une touche d’espoir.